Coup de cœur : Sancerre rouge, Vincent Pinard, Charlouise, 2014 (24€)

Charlouise

    Voilà plus de deux ans que ma sœur chérie habite Bourges, et si cet emplacement stratégique en plein cœur du vignoble du Centre-Loire m’a donné jadis une occasion de découvrir Reuilly et Quincy, ce n’est que fort récemment que j’ai fait ma première virée à Sancerre. Par une journée ensoleillée d’octobre dernier, juste avant la Toussaint, j’avais visité cette jolie ville qui surmonte les vignes depuis le sommet de son tertre, et bien sûr, j’étais repartie avec mon poids en sauvignon blanc et pinot noir. Ma tournée m’avait emmenée chez les plus grands noms de la région : Alphonse Mellot, Vacheron, Henri Bourgeois, Gérard Boulay… mais mon favori, dans la catégorie prédestination, avait été Vincent Pinard.

    Même la deuxième fois qu’on entre à Bué, petit village aux portes de Sancerre qui compte beaucoup de bons domaines viticoles au kilomètre carré, on manquerait facilement la discrète pancarte Vincent Pinard – vigneron. Aujourd’hui, Clément Pinard nous réserve un accueil aussi souriant que celui que nous avait accordé à l’automne son frère Florent, avec qui il partage toute la gestion du domaine fondé par leur père. S’ils le voulaient, ils ne se donneraient pas la peine d’accueillir les particuliers et vendraient toute la production à des professionnels en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mais Clément et Florent gardent toujours une petite provision pour la vente directe et ne refusent jamais un rendez-vous. Lorsque nous entrons dans le chai, tout baigné d’un parfum de bois de chêne, une douzaine de bouteilles ouvertes nous attendent. Quand on considère le travail d’orfèvre pratiqué ici, le rendement limité à la moitié des volumes autorisés et la pression énorme de la demande (excédant de six fois l’offre), on se rend compte que c’est par pure empathie pour les amateurs que les deux frères continuent d’accepter les visites. Tour d’horizon, de mémoire, de cette belle dégustation.

 

Vins rouges

Pinot noir 2015 (18€) : on perçoit d’emblée la concentration, trop rare à Sancerre, qui marque les rouges de Vincent Pinard. « On aime beaucoup les bourgognes, et on a de très bons terroirs à pinot ici aussi », explique Clément en toute simplicité. Le millésime solaire donne un vin friand et sapide, au fruit intense.

Charlouise 2014 (24€) : l’année plus fraîche apporte une belle structure tannique, la trame est séveuse et charpentée. Un vin superbe à boire dès maintenant ou mieux encore, à attendre quelques années.

Vendanges entières 2014 (35€) : le pinot noir est mis à macérer pour moitié en grappes entières, l’autre moitié étant égrappée grain par grain en laissant le pédicelle attaché à la baie… un travail de fous visionnaires. Le supplément de matière et de potentiel aromatique est impressionnant : densité incroyable, fraîcheur, trame végétale sensible en finale mais toujours fine et élégante. C’est l’un des meilleurs sancerres rouges, et je ne pense pas qu’on atteigne ce niveau au même prix en Bourgogne !

 

Vins blancs

Harmonie 2014 (22,50€) : le dernier blanc de ce millésime encore en vente (c’est la raison pour laquelle nous le dégustons avant Florès et Nuance, qui commencent la gamme). Frais et ciselé, il développe tout un bouquet végétal et floral, et paraîtrait presque austère à côté des chaleureux 2015 ; mais c’est un coureur de fond bâti pour tenir la distance.

Florès 2015 (13€) : un festival aromatique, beaucoup de fruit, matière juteuse. Le millésime rend cette cuvée, déjà facile à boire d’ordinaire, plutôt explosive !

Nuance 2015 (17,50€) : plus subtil, comme son nom l’indique, et plus frais, avec des touches herbacées.

Petit Chemarin 2015 (29,50€) : cru orienté à l’ouest, avec un ensoleillement modéré. Le résultat est incisif, minéral et cristallin. Élégance et finesse sont au rendez-vous.

Grand Chemarin 2015 (29,50€) : le voisin, mais faisant face au sud, et cela se sent ! Le vin fruité, ample, solaire flatte le palais.

Château 2015 (29,50€) : petit nouveau, même orientation que le Grand Chemarin, et de nouveau une belle gourmandise, avec des fruits jaunes quelque peu exotiques et une étonnante onctuosité.

Chêne Marchand 2015 (29,50€) : une cuvée phare du domaine. Magnifique équilibre entre souplesse et vivacité, une matière séveuse et énergique.

Chêne Marchand 2009 : n’est plus disponible à la vente, il ne faut pas rêver. Millésime chaud, comme 2015, mais avec un peu d’évolution. Incroyablement rond, avec du litchi, du miel, une persistance très longue ; c’est superbe et méconnaissable.

Chêne Marchand 2007 : beaucoup plus nerveux, notes de silex, de truffe, bouquet de vieux champagne après aération. Un point d’orgue mémorable pour cette dégustation horizontale et verticale.

 

Aux critiques élogieuses qui pleuvent sur ce domaine, je ne fais donc qu’ajouter les miennes, avec mes remerciements les plus Sancerre !