Après avoir glorieusement gagné le respect des grandes écoles (et le bienveillant dédain de M. de Cantenac) au concours de dégustation de la RVF, il fallait que je fisse un sort au Salon, cet événement très couru par les particuliers comme par les professionnels, et qui investit la Bourse de Paris annuellement pendant deux jours. Le Palais Brongniart est de ces endroits qui font un peu peur quand ils sont occupés par 250 exposants et quelques milliers de visiteurs – surtout quand il fait trente-cinq degrés à l’ombre. Si l’on passe outre les poubelles-crachoirs à l’ergonomie et au style discutables, le salon a quelques agréments : une alléchante rangée de stands de gastronomie, un verre de pro qu’on peut garder à la fin et de nombreuses occasions de remporter des petits cadeaux – en plus de mes lots du concours, je repars avec une bouteille de chenin tout à fait potable gagnée avec l’appli quiz et un abonnement gratuit de six mois à la RVF obtenu en devinant le vin mystère du salon. L’événement implique aussi la promotion d’un certain nombre de produits autour du vin (caves, verrerie…) et de startups, ainsi que des ateliers de dégustation prestige aux tarifs exorbitants. Bref, une bonne pub supplémentaire pour les domaines sélectionnés par le célèbre mensuel, et qui d’ailleurs ne sont pas tous français (il y a notamment un stand de Chine et un d’Australie).

Bourse

    Qu’en est-il dans le verre ? C’est hétérogène, et comme de juste, je ne peux rendre qu’un jugement partiel et partial qui se résume à évoquer ici quelques souvenirs marquants.

 

Alsace (blanc)

Cave Wolfberger, alsace grand cru, pinot gris Rangen, 2010 (25,10€) : Rangen est un terroir à l’extrême sud du vignoble alsacien, célèbre pour son sol volcanique et sa pente si abrupte que les vendangeurs travaillent en rappel (si, si : cherchez « vendanges Rangen » sur Internet). Acrobaties justifiées par le résultat, un raisin surmûri qui sent le miel et le sirop d’érable et donne à ce vin doux toute son opulence.

Domaine Agathe Bursin, alsace, Esprit de Calcaire, 2012 (42€) : intéressant assemblage maison à parts égales de sylvaner, pinot gris et riesling. Le nez, très fin et expressif, rappelle la menthe, les zestes d’agrumes, les fleurs blanches, avec un bon équilibre entre gras, minéralité et fruit. Onctueux et miellé en bouche, il se montre à la fois rafraîchissant et généreux. Une grande trouvaille, quoique assez inabordable…

 

Bourgogne (blanc)

Maison Joseph Drouhin, puligny-montrachet premier cru, Folatières, 2011 (61,30€) : un classique très bien fait, avec beaucoup d’arômes gras (beurre frais) relevés par le côté minéral (craie).

Maison Louis Max, corton-charlemagne grand cru, 2011 (129,60€) : un vrai crève-cœur que ce nectar de la Côte de Beaune au nez d’agrumes, de miel et presque de banane ; la bouche est riche, ronde, longue, soutenue par une matière dense. Je ne goûterai sans doute pas ce vin une deuxième fois dans ma vie, mais je m’en souviendrai !

 

Loire (blanc)

Domaine du Closel, savennières, Clos du Papillon, 2009 (27,90€) : des arômes légèrement fermés qui font ressortir la résine, le bois, avec une touche de fruits à coque ; en bouche apparaît une note de pomme compotée, avec une longueur portée par la matière et l’acidité assagie d’un chenin bien élevé !

 

Rhône (blanc, rouge et liquoreux)

Domaine Paul Jaboulet Aîné, hermitage blanc, Chevalier de Sterimberg, 2011 (54€) : belle senteur d’agrumes, de fruits frais, de crème, saveur entêtante. La marsanne exprime ici toute sa finesse, éclipsant la roussanne avec une proportion 70/30.

Cave de Tain, cornas, Grand Classique, 2010 (17,70€) : Cornas représente sans doute mon expression préférée de la syrah, que je trouve autrement trop animale et poivrée. Ce vin rouge est fruité et chaleureux, avec des tanins fondus. Un peu moins beau que le Terres Brûlées de Colombo, mais deux fois moins cher !

Cave de Tain, vin de paille, Hermitage, 2003 (79€) : c’était une curiosité à goûter, j’ai essayé le vin de paille de Tain-l’Hermitage. Celui-ci avait des notes de rancio, mais aussi quelque chose de plus doux comme du maïs, du safran, du foin… En bouche, les saveurs et le sucre sont très concentrés. Encore un vin qui n’a de défaut que son prix.

 

En conclusion, la RVF a plutôt bon goût, mais pour les meilleurs de ces domaines exposés au palais Brongniart, c’est un peu la Bourse ou la vigne !